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Giorgio de Chirico PDF Imprimer Envoyer

Les constructeurs avaient fait
de longs rêves d'Italie
ignorant
qu'ils imageaient florentine
dans le désert
places et murs de leur ville.

Maçons boiseurs
anciens anonymes tâcherons
vous avez bâti
vie durant toujours
vos propres prisons.

Elevées avec les pierres
des monuments détruits
les tours d'aujourd'hui
dressent jusqu'au ciel les allégories de l'ordre.

*

A l'avant-scène d'une place
au hasard d'une rencontre
deux acteurs muets
échangent
à leurs pieds l'ombre l'heure solaire

A l'exception assemblée
anticipation du présent en
1913 silencieux
ils laissent supposer ce
que sera le futur

*

Le message parti ailleurs
sans laisser d'adresse
a porté le télégramme
du papier peint des murs
le bric-à-brac du poème.

La mémoire pleine de Chine
de porcelaine et d'ailleurs
s'allume blanche
dans les réduits nocturnes
où est rangé l'hétéroclite.

*

L'équerre et le compas
d'un navigateur solitaire
en terre sèche échoué
qui le soir venu
dessine des arches.

*

Entre elles flammes
le ciel allume
comme prairies
des chandelles
vert d'eau bouteille.

Plus nue que coque
sa tête balance
le face et profil
d'un poète aveuglé
la blessure augurale.

*

Infiniment bleu
couleur métal de nuit
le vide couve
un œuf en pleine terre
une figure sans visage.

L'incinération des détails
des descriptions vivantes
et ne restent debout
que les corps consumés
blanchis à la chaux.

Les statues portraits
du plâtre antique
ces pains de sucre
auxquels on a coupé
leurs ailes de colombe

*

Le sang des tentures
le sang des murailles
des signaux en couleurs
qui dressent devant nous
l'interdiction d'en finir.

Le ciel si beau
peut laisser croire
que le beau temps
est là naturellement
qu'il suffit d'attendre.

Au loin au seuil
de la mer d'encre
la cheminée fume noire
des emblèmes au vent
ceux de la peur de l'horizon.

1966