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Jean Boyé : rencontre avec Roger Bissière, 1950 PDF Imprimer Envoyer

Voici comment une part de mon existence s’est jouée. En 1947, je me trouvais à Marcilhac-sur-Célé dans le Lot  , je dessinais l’abbaye, l’ensemble du village, une plongée vue d’une route étroite après avoir traversé la rivière.

L’aubergiste où nous logions me dit : « vous devriez rencontrer le peintre Marcel Boch qui habite une petite maison sur la colline ». Immédiatement, je pris le chemin qui y menait. Là, un homme de cinquante à soixante ans me reçut très aimablement, heureux d’interrompre ce qui devrait être une certaine solitude.

Il connaissait Maurice Albe, mon professeur d’alors, ce qui permettait d’ouvrir la discussion dans la bonne direction.

Nous avons parlé très rapidement des églises romanes, de l’architecture des maisons paysannes. Quel plaisir de pouvoir évoquer les toits triangulaires, le haut des bâtisses, qui avec leurs deux orifices ressemblait à un oiseau de nuit. Il était excité par cette idée ; il la commentait longuement.

Sa peinture post cubiste, j’y voyais une influence d'Albert Gleizes. Il me parla de son activité comme peintre des décors du Grand Théâtre de Bordeaux .Puis vint un moment important : dans le Lot, près d’ici, vit le peintre Roger Bissière, un ami, qui a quitté Paris en 1939. Il me conseilla d’aller le voir.
Les mois ont passé.

En mai 1950, avec le peintre Pierre Gauthier, nous visitâmes la galerie de René Drouin place Vendôme à Paris (à l’époque nous étions élèves du sculpteur Jacques Swobada à l’Académie Julian rue de Berri dans le 8ème).

Dans la galerie, à côté des œuvres de Jean Dubuffet, il y avait des tapisseries faites d’étoffes cousues de Roger Bissière. Nous étions enthousiasmés.

Il fut décidé, puisque nous nous retrouvions à Saint-Cyprien en août, c’est-à-dire à quelques kilomètres de Boissiérette, de prendre les vélos et de s’y rendre. Inutile de prévenir, on verra bien.

Quelle surprise en arrivant, le portail, la maison très longue avec une chapelle sur le côté droit.

Je me souviens que les guêpes du Causse s’acharnèrent sur mon visage durant tout le voyage.

Nous frappons ou tirons une vague sonnette. Arrive Bissière qui nous surprend par son habillement. Mais la partie n’était pas jouée. « Je ne vous connais pas ». Moi, je fis appel à la mémoire : « Marcel Boch de Bordeaux nous a conseillé de venir vous voir, puis nous avons été enthousiasmés par vos œuvres chez Drouin. ». « Alors, dans ces conditions entrée dans l’atelier ».