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L'aventure de l'art au XXème siècle : texte de Roger Bissière PDF Imprimer Envoyer

La peinture est, si l'on veut bien la considérer dans son essence, une géométrie vivante de formes et de couleurs, une sorte de géométrie nouvelle et plus complexe où les couleurs et les formes seraient inséparables et réagiraient les unes sur les autres, selon des lois où l'élément forme et l'élément couleur ne formeraient qu'un tout.

En art, il faut que la mathématique se mette aux ordres des fantômes. Le bon peintre est celui qui enterre une couleur chaque jour.

Il faut que la main avance dans l'inconnu, il faut qu'elle garde le sentiment des dangers qu'elle court, qu'elle sente le précipice.

Une peinture, c'est l'image de quelqu'un, sa projection tout entière, sans mensonges ni réticences, avec ses misères comme avec ses beautés. La peinture ne s'accommode pas des mensonges.
Je ne vais pas dans un musée ou une exposition pour y voir des tableaux, mais pour y rencontrer des hommes.

A mesure qu'on fait une découverte, on en pressent aussitôt une autre, et ainsi éternellement la conception est en avance sur la réalisation. De là votre tourment, le mien et celui de tous ceux qui combattront tout leur vie avec la certitude de la défaite.

Les vues que l'on soutient sont de peu d'importance. Elles sont d'ailleurs limitées: Si aiguës soient-elles, elles sont depuis longtemps des lieux communs. La seule façon de les réveiller, c'est de trouver un nouvel angle de vision. Ce qui les rajeunit et les rend originales, c'est le fait d'être déformées d'une façon inattendue en passant par le prisme que constituent certains cerveaux humains.

Il faut, je crois, pour arriver à se réaliser complètement soi-même, avoir le courage de côtoyer des précipices et d'y tomber parfois. C'est à ce prix et à force d'entreprises dangereuses dont on sort original au point qu'on arrive à voir clairement la route et à s'y tenir sans défaillance.
Je n'aime pas les chefs-d’œuvre. Les chefs-d'œuvre ont quelque chose de terriblement emmerdant. Les peintres qui me font signe n'ont jamais été des faiseurs de chefs-d'œuvre. Ils n'ont pas précisément fait des tableaux. Mais plutôt des miroirs où leur propre image s'est reflétée avec une bouleversante vérité.

Les vaches, à Paris, ça ne signifie pas grand-chose... Pour moi, c'est différent. Je ne méprise pas leur société, et je ne me suis jamais ennuyé auprès d'elles. Elles ont de grands yeux clairs, elles sont silencieuses, douces et réfléchies. Elles sont simples et élémentaires comme la Terre qui les porte et l'herbe qu'elles foulent.

L'aventure de l'art au XXème siècle, éditions du Chêne