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Maurice Albe : un artiste considérable par Jean Boyé PDF Imprimer Envoyer

Je dois beaucoup à cet artiste dont l'importance est capitale.

Durant une époque, question longévité l'on citait les grands Vénitiens : Titien, Le Tintoret. Maurice Albe a fait mieux, né avec le siècle, il nous a quittés le 13 janvier dernier. 95 années moins deux jours, cela est déjà à retenir.

Sans tarder, il faut souligner qu'il était un artiste complet peintre, dessinateur, graveur sur bois, cartonnier, céramiste excellent dans tous ces domaines, de nombreuses générations ont bénéficié de son enseignement conquis aux meilleures sources en ce XXème.

Comment l'ai-je connu ?

En 1945 ou 46, mon père se rendait à Sarlat. Je l'accompagnais. Nous nous sommes arrêtés à Saint-Félix de Reilhac où je fis quelques croquis du village. Arrivés dans la capitale du Périgord Noir, au cours d'une visite chez les Carrier qui tenaient un café dans la Traverse, je montrai mes modestes œuvres au Vivou. Il me demanda de le suivre jusqu'à la ruelle près de la place des Fontaines. Et là, pour la première fois, dans la maison située à l'angle je rencontrai ce cher Maurice Albe. Il me proposa immédiatement de me transmettre son savoir. J'allais souvent chez lui en empruntant le car Larribière de Périgueux à Sarlat.

Il avait quitté Paris et habitait chez ses parents avec sa jeune femme et sa fille Annie. A l'époque, il avait réalisé les illustrations de l'ouvrage d'Eugène Le Roy, l'Année rustique en Périgord pour les éditions du Périgord Noir. De plus celles des Quinze joyes du mariage pour les éditions Paul Dupont. Il est regrettable que ce dernier livre ne soit pas davantage connu étant donné la qualité des dessins dans le style gothique qui le composent richement.

Quelques détails sont à mentionner :

Il fut le neveu du Chanoine Albe, érudit quercynois qui écrivit des ouvrages sur la relation entre Cahors et la City de Londres au Moyen Age.
Henri Barbusse Directeur littéraire de l'Humanité lui demanda avant guerre d'illustrer le Moulin du Frau pour ce quotidien.

Tout d'abord, il me fit dessiner des natures mortes. Ensuite nous partîmes sur les chemins du Sarladais : les paysages de l'étroite route des Pechs, Tabernat qui devait devenir si célèbre par la suite, le Sirey, Saint-Vincent le Paluel, Sainte-Nathalène, la vallée de l'Enéa dont le nom à lui seul faisait rêver.

Dessins, peintures y furent exécutés. J'avais droit à une initiation presque magique en ces lieux qui demeureront fixés en ma mémoire. Je devais par la suite les faire connaître à Augiéras, Loth, Placet, Célérier.

Je ne crains pas d'écrire que Maurice Albe a été un véritable précepteur pour moi. Il me donnait accès à sa bibliothèque artistique. Il me faisait également part de ses rencontres à Paris : André Lhote, Ossip Zadkine, Marcel Lenoir, les grands graveurs sur bois de chez Estienne et combien d'autres artistes très connus dans notre siècle.

Puis, il vint à Périgueux, il connut des années difficiles au début. Habitant à l'Hôtel de France, il réalisait des fresques pour cet établissement, pour une cave vinicole de la rue Taillefer. Au salon des Beaux-Arts à la foire de Périgueux, il conseillait à Marcel Loth de faire ma connaissance. Rencontre qui se réalisa rapidement.

Avec Loth nous allions, les jours de marché voir Maurice Albe vendre chez le Milou du Périgord toutes sortes d'objets.

Enfin Maurice Albe devint professeur à l'Ecole municipale de dessin et à l'Ecole professionnelle. Peu à peu il s'imposa, Il bénéficia entre autres de l'amitié de Pierre Fanlac.
Au fil des ans, éditions, rééditions des œuvres d'Eugène le Roy, illustrées par lui abondent dans les librairies.

De mon côté, en 1950, je partis à Paris, à l'Académie Julian, j'avais pour professeur dans le domaine du dessin le sculpteur Jacques Swobada élève de Rodin ; pour la peinture Jules Cavaillès.

Nos contacts devinrent plus rares. Je me souviens que rue de l'Odéon, dans une librairie régionaliste, je devais trouver les Croquants du Périgord de Georges Rocal éditions Floury. Ouvrage qui contient un nombre impressionnant d'illustrations sur notre région.

En conclusion Maurice Albe a apporté un témoignage irremplaçable sur la société rurale aujourd'hui disparue. Son œuvre mériterait d'être présenté au Musée des Arts et traditions populaires à Paris.
J'entends encore son parler très rare pour converser avec les paysans du Sarladais lors de nos pérégrinations. Il était le meilleur ambassadeur auprès d'eux et s'ouvraient de la sorte cours de fermes, tous lieux typiques à représenter.

Ses peintures et dessins s'inscrivent dans la lignée du post cubisme avec parfois un fantastiquesurréalisant qu'il aimait cultiver.

Jean Boyé