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Joseph Fouché (1759-1820) par Stefan Zweig

on Vendredi, 26 Août 2011. Posted in JEFF Blog

Joseph Fouché
Note de lecture : Alzir Hella (Traduction) Biographie (broché) Grasset (édition 02/2003)

Joseph Fouché est issu d’une famille de marins, mais sa santé fragile ne lui permet pas de perpétuer la tradition familiale. Il entre donc dans l’Eglise, mais prend bien soin de ne pas prononcer les vœux, se ménageant ainsi la possibilité d’une retraite. On trouve déjà ici ce trait de caractère – « l’absence de caractère » dit Zweig - qui fera de Fouché un véritable caméléon, un jour montagnard, un autre jour ministre de la police de Louis XVIII : toujours se ménager des portes de sortie.

De son expérience ecclésiastique, il apprend la discipline et la parfaite maîtrise de soi qui lui seront si utiles à l’avenir.

Mais la tempête sociale approche. Fouché se fait élire député à la Convention en 1792, en s’adaptant à son électorat provincial de bourgeois conservateurs. Il prend place parmi les modérés – les Girondins. Naturellement, il ne prononce aucun discours (surtout, rester prudent !).

Lors du vote public sur l’exécution de Louis XVI, sentant le vent tourner, Fouché vote pour la mort du roi (la veille, il avait affirmé le contraire à ses amis girondins) et passe donc dans le camp des montagnards.

Alors qu’approche l’heure des luttes sans merci entre les chefs de la révolution, Fouché juge plus prudent de se faire élire parmi les 200 délégués chargés de ramener l’« ordre républicain » dans les provinces. Il sera considéré par ses pairs comme le plus efficace de tous, s’en prenant à la propriété privée et à l’église. Acclamé par l’Assemblée, il est envoyé avec Collot d'Herbois à Lyon, ville rebelle, dont la Convention a décidé qu’elle devait être détruite : « Lyon fit la guerre à la liberté. Lyon n’est plus. »

A la différence de la Loire, où Fouché n’avait exécuté personne, se contentant d’intimidations orales, à Lyon, il pratique une véritable boucherie : exécutions de masse, destruction de la partie bourgeoise de la ville, rançonnages, pillages d’église, … Il sera surnommé le « mitrailleur de Lyon ».

Puis, une nouvelle fois, Fouché tourne en même temps (et surtout dans le même sens !) que le vent. Car à Paris, l’ultra-terrorisme commence à être contesté.

Fouché arrête les mitraillades et se retourne peu à peu contre les comités révolutionnaires locaux, qu’il dissout. Convoqué à Paris en procès pour excès d’humanité par Robespierre (un comble !), il n’y a pour sa tête qu’un salut : c’est celle de Robespierre qui doit tomber avant la sienne. Fouché y contribuera largement dans l’ombre, agglomérant les députés vivant dans la peur permanente de se trouver dans la prochaine « charrette ». Car l’intransigeance totale de Robespierre fait peser une épée de Damoclès sur toutes les têtes et précipite sa chute. Encore fallait-il se sentir suffisamment forts, ou suffisamment en danger, pour lancer l’attaque contre l’homme le plus puissant de France.

Après la chute de Robespierre, les thermidoriens s’attachent à la roue de la réaction. Mais pas Fouché, qui rejoint sa place auprès des Montagnards. Car si la réaction l’emporte, les accusateurs seront les accusés de demain. Et Fouché a trop de choses à se reprocher… Sa manœuvre échoue cependant ; la réaction se souvient de Lyon. Après avoir essayé d’agiter le peuple afin de freiner les ardeurs vengeresses des Girondins, par l’intermédiaire de Gracchus Babeuf, Fouché est finalement arrêté. Alors que l’arrestation équivalait à la mort immédiate sous Robespierre, Fouché gagne du temps et « fait le mort ». Il sauve ainsi sa vie mais en 1795, il n’est plus député. Commence alors pour lui une rude traversée du désert.

Il s’en suit trois ans de misère où seul Barras le voit encore, et lui permet de survivre en lui confiant un boulot d’espion et d’intermédiaire dans ses affaires louches. Fouché découvre en 1797 que l’argent a bien meilleure odeur que le sang de 1793.

Arrive le coup d’état du 18 fructidor : Barras devient le maître du Directoire. Il envoie Fouché comme représentant du gouvernement en Europe pour y mener des négociations secrètes.

Puis, en 1799, il le nomme ministre de la Police. Fouché s’installe à la Préfecture de Paris, où il tisse sa toile à la perfection : au courant de tout, il sait se faire respecter, et même apprécier, en fermant les yeux sur certaines manœuvres ou en rendant quelques services. Il garde par ailleurs les informations essentielles pour lui.

Lors de l’ascension de Bonaparte, il ne se ferme aucune porte, pratiquant l’ambiguïté jusqu’à la dernière minute. Lorsque le camp du vainqueur ne fait plus aucun doute, Fouché trahit Barras sans état d’âme.

Bonaparte enchaîne les succès éclatants et, sous la pression de son clan, (mais contre l’avis de Joséphine), envisage de plus en plus la Monarchie. Malin, Fouché propose au Sénat un Consulat de dix ans. Bonaparte est furieux et réclame un consulat à vie, qu’il obtient par le vote. Il se débarrasse de Fouché dans la foulée en supprimant son ministère. Officiellement, Fouché a été tellement efficace qu’un ministère de la police n’est plus nécessaire. Fouché devient alors sénateur ; Bonaparte lui fait un pont d’or pour qu’il se tienne tranquille. Fouché connait alors un exil doré pendant deux ans.

Mais Bonaparte veut devenir César et a pour cela besoin d’un Antoine. Fouché sort donc de son exil doré et manœuvre au Sénat. Napoléon 1er, empereur, nomme à nouveau Fouché ministre de la Police.

Fouché et Talleyrand s’unissent, malgré leur opposition (ils sont, dit Stefan Zweig, « deux espèces différentes d’une même race »), pour signifier à Napoléon leur désaccord quant à sa politique guerrière. Talleyrand fait seul les frais du courroux de Napoléon en étant renvoyé.

Lors d’une période d’absence de l’Empereur en Autriche, Fouché décide de faire lever la garde pour repousser une attaque anglaise au Nord. Avec succès. Fouché est fait duc d’Otrante par Napoléon.

Frustré par le retour de Napoléon, Fouché cherche à exister à ses côtés et poursuit dans le dos de l’Empereur des négociations de paix avec l’Angleterre. Averti de la trahison lors de son voyage en Hollande, Napoléon revoie Fouché (avec ménagement cependant, car ce dernier a acquis une solide popularité).

Orgueilleux, Fouché organise une transition toute personnelle avec son successeur : il brûle ainsi un certain nombre de papiers, et en garde d’autres. La manœuvre n’amuse pas l’empereur, qui après une passe d’armes avec Fouché, le bannit. Paniqué (peut-être pour la première fois de sa vie), ce dernier ne tient pas en place et erre d’une ville à l’autre, fuyant la supposée vengeance de Napoléon. A Paris, sa femme garde la tête froide et arrange les choses en remettant à l’empereur les papiers compromettants que son mari avait gardés. Débute alors le troisième exil de Fouché.

Mais la roue tourne pour Napoléon. Pendant la retraite de Russie et lors du soulèvement des puissances occupées, ce dernier ne veut pas laisser à Paris des gens qu’il ne juge pas fiables. Il nomme donc Fouché gouverneur de l’Illyrie, dont il sait qu’elle est déjà condamnée. Afin de le tenir éloigné de la capitale, Napoléon l’envoie ensuite à Naples pour rappeler à l’ordre Murat (plus soucieux de son royaume que de l’empire). Fouché paiera cher cet éloignement forcé. Car lorsqu’il rentre à Paris, l’Empereur a déjà abdiqué ; Louis XVIII est roi et son gouvernement au complet, sous la présidence de … Talleyrand.

Durant les « cent jours », Fouché redevient ministre de la police, bon gré mal gré, tant il espérait le ministère des Affaires étrangères. A l’abdication de Bonaparte, il manœuvre si bien qu’il fait accepter au Sénat le principe d’un Directoire dont il prend la présidence. Pièce maîtresse dans la recomposition post-Napoléonienne, Fouché privilégie finalement Louis XVIII (contre Napoléon II, la République et le duc d’Orléans). Il « monnaye » sa position contre un poste de ministre (la police, toujours). Mais Louis XVIII – et les royalistes – une fois sûrs de leur pouvoir retrouvé, font payer à Fouché sa position de 1793 (le vote de la mort de Louis XVI) et les massacres de Lyon en l’envoyant tout d’abord à Dresde comme ambassadeur, puis en le bannissant. Fouché meurt en Autriche à Trieste en 1820, oublié de tous.

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